La méthodologie créative et collaborative

Quelques éléments méthodologiques pour conduire une démarche de définition d’une politique jeunesse 

Il n’existe pas de méthode unique et applicable sur un territoire. 

La méthodologie se construit avec le territoire. La collectivité peut s’associer les compétences d’un prestataire ou d’une fédération d’éducation populaire pour accompagner la construction ou mise à jour de la politique jeunesse.

Les paragraphes suivantsont pour objet de donner quelques repères méthodologiques pour une démarche qui se voudrait collective, ouverte à l’ensemble des acteurs impliqués, aux jeunes disposants d’une expertise d’usage et prenant en compte l’aspect transversale de la jeunesse. Il ne s’agit en aucun cas d’en faire une démarche-type et exclusive.

Les éléments quantitatifs sont indispensables à la compréhension de la jeunesse et nécessitent d’être rassemblés et analysés. Toutefois, ils ne peuvent suffire à comprendre les jeunes, leur fonctionnement et leurs difficultés. Des données qualitatives issues de la pratique, de l’observation sont nécessaires et permettent de qualifier des faits. Elles amènent à ouvrir le débat entre élus, acteurs et jeunes pour confronter les points de vue et ainsi enrichir l’analyse.

Les territoires sont de plus en plus sollicités pour changer de regard sur le diagnostic et passer d’une étude préalable d’analyse quantitative et interviews individuels à une démarche mobilisant les acteurs et les jeunes aux côtés des élus. Une telle démarche se décline alors comme un temps d’animation du territoire, permettant notamment de donner corps à un partenariat entre les élus, les acteurs ressources, les jeunes et les financeurs. Les approches de créativité et d’intelligence collective constituent un levier puissant pour permettre :

  • Aux réflexions dispersées des différents types d’acteurs de s’exposer et se rencontrer : dialogue et expression de sa réalité, de ses expériences, de ses besoins et de sa vision pour la jeunesse, meilleure prise en compte des contraintes de terrain.
  • De définir une vision commune à partir de laquelle se décline un projet partagé.
  • Aux élus de prendre des décisions en s’appuyant sur un projet partagé.
  • Un maillage des acteurs permettant :
    • Une meilleure connaissance mutuelle et un passage d’un rapport fonctionnel à un rapport de personnes
    • Leur inscription dans la dynamique, qui suivra l’élaboration du projet
  • Une énergie renforcée autour des jeunes du territoire
  • Une efficacité plus grande dans les réponses apportées

Schéma global de la démarche

Une démarche en 3 temps (cliquez sur le visuel pour le voir en grand format)

La phrase de préparation de la démarche avec le territoire

La phase préparatoire constitue un moment important pour poser les conditions de réussite de la démarche collective de construction d’une politique jeunesse. Elle sert notamment à définir un cadre de travail à la démarche : objectifs, constitution de l’écosystème, approche souhaitée, identification du public cible, co-construction du processus avec le prestataire ou autre organisation sollicitée, clarifier la communication autour de la démarche,…

D’autre part, il est souhaitable notamment de mettre en place :

Un COPIL « politique » réunira des élus « moteurs et influents » ayant pour rôle de : 

  • Assurer le portage politique de la démarche : 
    • Etre une instance de référence pour les autres élus du territoire
    • Faire des choix et arbitrage, prendre les décisions si nécessaire
    • Communiquer auprès des acteurs institutionnels

Un comité technique composé selon les territoires du D.G.S, de l’élu référent jeunesse, de quelques acteurs-clés avec pour mission de : 

  • Impulser la démarche sur le territoire
  • Suivre et valider la méthodologie
  • Mobiliser les acteurs
  • Assurer la communication autour de la démarche

Cette phase sera notamment un temps de mobilisation des acteurs engagés auprès de la jeunesse, des élus locaux et des jeunes, permettant d’élaborer le diagnostic jeunesse et co-construire les orientations et les actions à proposer aux élus.

La phase de construction de la politique jeunesse

  • Réaliser ensemble un diagnostic territorial partagé permettant d’identifier les forces et faiblesse, et identifier les tendances de l’environnement qui viennent impacter le domaine de la jeunesse et qui doivent être prise en compte pour construire la politique de demain.
  • Élaborer une vision partagée avec les valeurs, les ambitions et les orientations.
  • Mettre en route ou « rebooster » la dynamique d’acteurs.

L’élaboration des actions et de l’organisation fonctionnelle autour du projet  

  • Préciser les actions à court, moyen et long terme
  • Envisager les partenariats
  • Définir un mode de gouvernance qui permet de :
    • Créer le lien entre les acteurs, les partenaires institutionnels et financiers et les élus dans la durée
    • Evaluer et ajuster les actions et le projet jeunesse au fil du temps
    • Mutualiser la communication

L’utilisation d’approches de créativité et d’intelligence collective

Des méthodes puissantes pour innover et co-créer

Définir un projet et développer de nouvelles actions en direction des jeunes, sur un territoire, dans une dynamique de co-création avec l’ensemble des acteurs locaux demande d’adapter les méthodes et techniques utilisées.

Les approches créatives et d’intelligence collective constituent un outil puissant de mobilisation des acteurs concernés autour d’un objectif commun, au-delà des visions « partisanes » et permettent d’innover 

Dans une société où tout le monde s’accorde à dire qu’une organisation en silo ne répond plus aux enjeux de la complexité d’aujourd’hui et que le manque de coopération est un obstacle majeur à la performance d’une organisation comme d’un territoire, les approches de créativité et d’intelligence collective peuvent ainsi apporter un réel plus dans une démarche de définition d’une politique jeunesse. Toutefois elles ne se décrètent pas et s’apprennent dans une pratique quotidienne et à plus long terme.

Quelques exemples d’utilisation de ces approches

Ice-breaker et inclusion 

Comment créer de l’intelligence collective en tenant compte des besoins d’inclusion, de cadre et de confiance d’un groupe ?

Les icebreaker ont des rôles différents. Ils peuvent être utilisés dans l’accompagnement d’un groupe jeunesse pour : 

  • Permettre aux participants de faire connaissance ou mieux se connaitre et créer les premières interactions. Les échanges seront ainsi plus aisés. 
  • Favoriser l’envie de s’engager
  • Susciter la coopération au sein du groupe
  • Développer la liberté de mouvement dans un nouvel espace
  • A faire appel à des registres d’expressions que l’on avait oubliées

Ils contribuent à ce que Guy Aznar (consultant en créativité) nomme les 3 C : communication, confiance, cohésion ; autant de caractéristiques nécessaires à la mise en place d’une dynamique de groupe. 

Il existe de nombreux exercices de ce type à sélectionner selon le type d’inclusion, les objectifs et le temps dont on dispose pour l’atelier jeunesse.

Voici quelques exemples d’exercices utilisés lors de la démarche expérimentale d’accompagnement sur les deux intercommunalités de la vallée de la Bruche et de l’Alsace Bossue.

 1. Placement Intérieur/extérieur

Au démarrage de la démarche, le placement intérieur/extérieur a pour objectif de créer les premières interactions et de se situer par rapport aux autres membres du groupe en fonction d’un certain nombre de questions posées par l’animateur. Chaque participant se positionne dans le carré s’il peut répondre oui à la question posée. Exemple : J’habite sur le secteur de l’intercommunalité / j’ai été jeune sur ce territoire / L’établissement scolaire est mon terrain professionnel / Je suis élu local / etc…

2. Présentation à partir d’une banque d’image

Pour approfondir la connaissance des participants, une banque d’images est un support intéressant pour favoriser l’expression de chacun, favoriser l’authenticité, sortir d’une présentation se focalisant sur le statut social,…

Les images peuvent également être utilisées pour partager les représentations sur la jeunesse.

Elaborer un diagnostic partagé d’un projet ou d’un challenge avec le Speed Boat

Le Speed-boat s’apparente à la matrice FFCO appelée aussi communément à la matrice « SWOT ». Cet « innovation game » permet un travail collectif ludique et très pédagogique.

La métaphore du bateau est très parlante. Il permet de réaliser un diagnostic partagé d’une situation auquel un groupe a à face face, mais aussi de clarifier les défis à relever dans le cadre du projet, en les formulant en Comment faire pour… ?

Réaliser une carte des tendances de l’environnement via une carte mentale géante

Réfléchir à un projet jeunesse du futur demain d’identifier et de s’appuyer sur les tendances actuelles qui impacteront le futur. Cette réflexion peut se concevoir par une carte mentale réalisée selon un processus de facilitation permettant à la fois la réflexion et l’expression individuelles et la constitution d’une carte collective des tendances. Ce travail de réflexion sur ce qui bouge dans l’environnement permet aux acteurs jeunesse mettre en avant les tendances prioritaires et d’en analyser l’impact sur leur métier ou fonction d’élu.

Produire des idées avec le GPS

Les techniques et outils de créativité permettent de générer des idées nouvelles d’actions à développer en direction de la jeunesse.

L’outil GPS, technique de brainstorming, a été utilisé dans le cadre des ateliers de la démarche jeunesse en phase 3 d’élaboration du programme d’actions. Il permet de produire un grand nombre d’idées en un minimum de temps autour d’une problématique donnée. Ex : comment favoriser les liens intergénérationnels pour développer la transmission entre les générations ? Comment faire pour faciliter l’accès des jeunes à un engagement citoyen « politique » ? 

Cet outil favorise l’expression de tous les participants, l’association d’idées pour en créer de nouvelles, la fertilisation croisée,…

Ces idées seront dans un deuxième temps sélectionnées selon des critères définis et développer en fiche solution.