« Jeunesse », de qui parle-t-on ?

La notion de Jeunesse, apparition tardive dans l’histoire

Les travaux des sociologues nous rappellent que la jeunesse n’a pas toujours été distinguée des autres âges que sont l’enfance et l’âge adulte. Dans une approche historique, la sociologue Véronique BORDES nous rappelle que «(…) si l’enfance est une invention récente apparue au XIXème siècle, le terme de « jeune » n’apparaît qu’aux alentours des années 50 avec des questions récurrentes sur ce qu’il est réellement, ce qu’il veut et comment régler l’ensemble des problèmes qu’il soulève ». La jeunesse devient peu à peu une catégorie sociale distincte de celle des adultes.

Définir la jeunesse n’est pas aussi simple qu’il n’y parait. En effet, est-ce une classe d’âge ? Une période de transition entre l’enfance et l’âge adulte ? Une génération ? Une période de construction de sa vie future ?

Le sociologue Olivier Galland précise que cette « incertitude entourant la définition de la jeunesse s’est accrue par l’affaiblissement des rites de passage, l’allongement des transitions professionnelles et la prolongation du temps des expériences qui tendent à repousser toujours plus tard l’âge d’accès à un plein statut adulte ».

Pour lui, la jeunesse est une période un peu particulière où l’on va franchir un certain nombre d’étapes pour entrer dans l’âge adulte : se former et finir ses études, entrer dans la vie active, se mettre en couple, avoir un enfant.

Une jeunesse plurielle

« La jeunesse n’est qu’un mot ». Dans cette citation, Bourdieu exprime le fait que l’on se satisfait parfois de ce mot « valise », qui ne permet pas de prendre en compte la diversité de la jeunesse. 

Pour de nombreuses raisons, les jeunes ne forment pas un groupe unifié avec des pratiques et des valeurs aussi communes que l’on pourrait le penser. La jeunesse n’est pas une catégorie sociale homogène. Elle est constituée d’une pluralité de statuts (mineurs/majeurs, féminin/masculin, des classes ouvrières, aisées ou moyennes,…), d’âges (pré-adolescents, adolescents, jeunes adultes), de pratiques (diversité des attentes et des problèmes,…) et de situations (ceux qui sortent du système scolaire initial avec un diplôme et ceux qui en sortent sans,…).

Avant de parler de « jeunes », il s’agit donc de prendre des précautions. La prise en compte de la pluralité de cette tranche d’âge permet d’éviter de construire avec le territoire des réponses uniformes à des situations et besoins variés. Les élus pourront également repérer les politiques concernées par la réflexion sur la jeunesse et délimiter ou non celle-ci au départ.

La jeunesse dans une société en mutation 

Les jeunes vivent et se construisent dans une société, qui a fortement évolué depuis la fin de la dernière guerre mondiale.

Les transformations des jeunes se situent dans ce contexte sociétal et interpellent sur un certain nombre d’enjeux dans le cadre des politiques qu’elles soient locales, régionales ou nationales. 

Plusieurs études ont été menées, notamment les travaux de M. Charvet, « Jeunesse, le devoir d’avenir » à la Documentation Française, qui précisent un certain nombre de caractéristiques des transformations de la jeunesse: 

  • Une « institutionnalisation » de la jeunesse : augmentation du nombre de jeunes qui dépendent de l’aide publique En 1975, 25% des 16-25 ans étaient touchés par les politiques publiques, contre 75 % aujourd’hui (augmentation des situations d’inégalités liées à la crise, prolongement de la scolarisation,…).
  • Une « familialisation » : suite à l’allongement de la scolarité et à une entrée tardive des jeunes dans la vie professionnelle, les jeunes dépendent plus longtemps financièrement de leur famille. Dans le même temps, sur un certain nombre de plans, ils sont plus autonomes avec une injonction à l’autonomie.
  • La « naturalisation » de la jeunesse : la jeunesse est considérée comme un problème à traiter. Cette vision négative de la jeunesse est encore très présente dans la société, notamment dans le contexte social actuel.

Une définition prospective

Un certain nombre de travaux évoque l’intérêt de poser la réflexion sur la transformation des modes de socialisation, les voies de passages pour accéder à la vie en société. 

La jeunesse est alors une période d’expérimentation (faire des expériences, avoir droit à l’erreur, hésiter, essayer,…), qui va permettre de faire des choix. Ces choix vont aider à être autonome et en partie déterminer son démarrage dans la vie adulte.